Ukraine : enfumage et montée aux extrêmes

11/03/2014 Après l’enfumage généralisé qui a accompagné les guerres d’Irak, de Lybie ou de Syrie, il ne faut pas s’étonner de voir les médias occidentaux réécrire en direct l’Histoire de la crise ukrainienne à l’encre de la plus grossière propagande. C’est que l’idéologie gouverne aujourd’hui les rédactions bien plus sûrement que le souci d’informer. Qu’importe donc que le coup d’Etat de Kiev ait été réalisé grâce à l’appui de groupes néonazis ; qu’importe que l’opposition ait sans doute eu recours à des snipers (de l’OTAN?) assassinant tour à tour des policiers et des manifestants ; et qu’importe au final qu’une bande d’oligarques pro-occidentaux corrompus ait remplacé le clan pro-russe corrompu de Ianoukovitch. Des détails que tout ceci. Obama et ses idiots utiles européens l’affirment : les Russes sont les méchants de l’histoire. Si vous pensez autrement, c’est que vous êtes un immonde complotiste, voire un crypto-communiste !

De l’information au militantisme
On ne devrait plus s’en offusquer et pourtant nous n’y arrivons pas. C’est que le grand virage des médias occidentaux, de l’information au militantisme, nous semble en dire beaucoup sur l’effondrement de notre civilisation.
Dans les journaux et les JT autoproclamés «de référence» du so called «monde libre», le récit de la révolution ukrainienne rejoint ainsi la longue liste des couvertures biaisées où les évènements relatés sont triés, tronqués, manipulés, «photoshopés» en quelque sorte pour coller à la narrative officielle.
Comme on cachait ou minimisait hier les épouvantables exactions des jihadistes à la solde du Bloc atlantiste en Syrie, on tente de cacher ou de minimiser aujourd’hui l’implication des groupes néo-nazis dans le coup d’Etat à Kiev, ou le caractère
corrompu de la nouvelle équipe mise en place.
Mais le plus effarant est le traitement réservé à l’affaire des snipers.
Dans une conversation entre le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet, et la cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton (authentifiée depuis), le ministre révèle ainsi qu’on lui a montré des preuves que les snipers actifs à Maidan «tiraient sur les deux camps». Et, surtout que «la conviction est de plus en plus forte que ce n’était pas Yanoukovitch qui était derrière les snipers, mais quelqu’un de la nouvelle coalition».
Voilà donc qu’une conversation entre «officiels» de haut niveau atteste que la pseudo-révolution de Maidan était bel et bien un simple coup d’Etat avec ses tueurs, ses manipulations sanglantes et ses manigances politiques.
En termes journalistiques, ces révélations représentent bien davantage qu’un simple scoop, il s’agit d’une véritable bombe à l’évènement qui aurait dû instantanément entraîner l’effondrement complet de la narrative occidentale sur le sujet.
Et pourtant rien. Il ne s’est rien passé.
La fameuse conspiration du silence a parfaitement fonctionné.
Et les très rares titres occidentaux qui ont évoqué ces faits dans leurs colonnes l’ont fait en se pinçant le nez, comme s’il s’agissait à l’évidence d’une fausse rumeur.
La malhonnêteté intellectuelle a été complète, totale, entière, pour ne pas contredire le catéchisme officiel.
A ce titre, il faut donc considérer une fois pour toute que cette presse, que ces médias sont simplement devenus la machine à enfumer du Système atlantiste.

Un enfoncement dans le déni
Depuis plusieurs années maintenant, le Bloc travaille ainsi son opinion pour installer cette russophobie dans les esprits. Du soutien inconditionnel aux possédées de Pussy Riot jusqu’aux critiques incessantes des
JO de Sotchi : tout a été bon pour stigmatiser la Russie de Poutine et la ranger à peu de choses près dans la rubrique «Etat-voyou».
C’est que toute l’affaire trouve son origine dans la volonté hégémonique du Bloc atlantiste sur les affaires du monde.
Que Moscou ait osé contrarier le Bloc en Géorgie en 2008 était déjà aux limites du supportable.
Qu’elle ait récidivé avec la Syrie a marqué le début de l’offensive médiatique anti-russe.
Qu’elle ose aujourd’hui s’opposer à l’annexion définitive de l’Ukraine dans le giron atlantiste aura simplement achevé d’ouvrir les dernières vannes de l’hystérie russophobe.
Le Bloc atlantiste refuse son déclin et s’agite pour «persévérer dans son être», dans sa puissance et son influence supposées, mais hélas pour lui perdues.
Il s’agit donc moins d’une affirmation de puissance que d’un enfoncement dans le déni.

Sauver la face de Potus
Alors quoi, et jusqu’où ?
Obama s’est lancé dans une surenchère de menaces délirantes, instrumentalisant des européens dépassés mais toujours disposés à jouer les idiots utiles au service du grand frère étasunien.
Mais pour aller où ?
Avec son coup à Kiev, le Bloc atlantiste croyait emporter le morceau d’un seul tenant.
La Russie a tracé sa ligne rouge et il est peu probable qu’elle bouge d’un iota désormais.
La partition du pays est quasi assurée et le Bloc pourra toujours vociférer,
menacer, sanctionner à l’envi, mais il sait qu’il ne peut le faire qu’en n’allant pas trop loin justement, sachant que la Russie ne manque pas de leviers pour riposter le cas échéant.
Tout le problème réside maintenant dans la porte de sortie à trouver pour sauver la face des uns et des autres, et en particulier celle d’Obama.
Car au-delà du Grand Jeu géopolitique, le Potus est prisonnier d’une situation américaine intérieure où il est systématiquement accusé par les Républicains d’être un faible : faible en Afghanistan; faible face à l’Iran et faible en Syrie.
Obama semble vouloir aujourd’hui leur prouver qu’ils se trompent en affrontant la Russie de Poutine.
Sans aucun doute son pari le plus dangereusement stupide.

PS de dernière minute: au JT de TF1, le militant de service affirme que certains Tatars musulmans de Crimée prendront les armes si Moscou annexe la région.... Le Bloc atlantiste n'aura plus qu'à leur envoyer quelques uns des coupe-jarrets qu'il a formé pour le Jihad syrien et la boucle sera bouclée....

(publié sur www.entrefilets.com le 10 mars 2014 à 18h30